Spinoza et Nous - Philosophie de l'affirmation Documents


Spinoza selon Hegel

Auteur : admin

1 Spinoza et Descartes

Hegel, Leçons sur l'Histoire de la Philosophie, Tome 6, La philosophie moderne.

Traduction Pierre Garniron


Le rapport de la philosophie spinoziste à celle de Descartes est seulement celui d'un développement conséquent, d'un accomplissement conséquent du principe de cette dernière. - Pour lui l'âme et le corps, le penser et l'être cessent d'être des choses particulières existant chacune pour soi. Le dualisme que l'on trouve dans la philosophie cartésienne est complètement supprimé par Benoît Spinoza, - en Juif qu'il était. Cette profonde unité de sa philosophie, telle qu'elle s'est exprimée en Europe, - l'esprit, le fini et l'infini identiques en Dieu non pas comme en un troisième terme - c'est là un écho de l'Orient. L'intuition orientale de l'identité absolue a été rapprochée de façon immédiate du mode penser européen, et plus précisément du philosopher européen, cartésien, elle y a été introduite.

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La philosophie de Spinoza est l'objectivation de la philosophie cartésienne, dans la forme de la vérité absolue. La pensée simple de l'idéalisme spinoziste est : ce qui est vrai n'est purement simplement que la substance unique, dont les attributs sont le penser et l'entendue (nature) ; c'est seulement cette unité absolue qui est effective, qui est la réalité effective, - c'est seulement elle qui est Dieu. C'est, comme chez Descartes, l'unité du penser et de l'être, ou ce qui contient en soi-même le concept de son existence.

La substance, l'idée de Descartes a bien l'être même dans son concept , mais c'est seulement l'être en tant qu'être abstrait ; ce n'est pas l'être en tant qu'être réel ou en tant qu'étendue, mais des corporéités, autre chose que la substance , non pas un mode de cette substance. De même le moi, ce qui pense, est pour soi aussi une essence indépendante. Cette indépendance des deux extrêmes se supprime dans le spinozisme, où ils deviennent des moments de l'unique essence absolue. - Ce qui importe dans cette expression, nous le voyons, c'est de saisir l'être comme l'unité d'opposés. L'intérêt principal est de ne pas laisser échapper l'opposition ; elle ne doit plus être mise à l'écart, - la médiation, la résolution de l'opposition, voilà la chose principale. L'opposition n'est pas posée dans l'abstraction du fini et de l'infini, de la limite et de l'illimité, elle est penser et étendue. Nous ne disons pas "être" ; car il est une abstraction qui est seulement dans le penser. Le penser est retour en soi, égalité simple avec soi-même ; mais c'est là l'être en général, - montrer leur unité n'est donc pas difficile. L'être, considéré de façon plus déterminée, est étendue.

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2 L'acosmisme

Le besoin philosophique est donc de saisir l'unité de ces différences, mais en ne laissant pas échapper la différence, laquelle doit naître éternellement de la substance, sans pour autant se pétrifier en un dualisme. Spinoza est au-dessus d'un tel dualisme ; c'est également le cas de la religion, si nous convertissons les représentations en pensées. Des deux premiers rapports, le premier est l'athéisme, quand les hommes posent comme terme dernier l'arbitraire de la volonté, la vanité, les choses naturelles finies. Ce n'est pas la position de Spinoza : Dieu est seulement la substance unique ; la nature, le monde ne sont selon une expression de Spinoza, qu'affection, mode de la substance, et non quelque chose de substantiel. Le spinozisme est donc un acosmisme. L'essence du monde, < Weltwessen > l'essence finie, l'univers, la finitude ne sont pas le substantiel, - c'est bien plutôt Dieu seul qui l'est. C'est tout le contraire de ce qu'affirment ceux qui l'accusent d'athéisme qui est vrai ; chez ui, c'est de Dieu qu'il y a trop. "Si Dieu est l'identité de l'esprit et de la nature, alors la nature, l'individu humain sont Dieu". C'est très juste. Mais ils oublient que dans cette identité, ils sont précisément supprimés : ils ne peuvent oublier qu'is ne sont rien. Ce n'est donc pas Dieu que veulent conserver ceux qui noircissent ainsi Spinoza, mais le fini, le monde ; ils trouvent mauvais que celui-ci ne puisse avoir la valeur de quelque chose de substantiel, - ils trouvent mauvaise leur propre perte.

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Le principe de la subjectivité, de l'individualité, de la personnalité ne se trouve donc pas dans le spinozisme, parce que la négation n'y a été appréhendée qu'unilatéralement. C'est ce qui provoque l'indignation de la conscience, de la religion. Le principe d'individuation leibnizien a intégré Spinoza. L'entendement a des déterminations qui ne se contredisent pas. La négation est déterminité simple. La négation de la négation est contradiction, elle nie la négation ; elle est ainsi affirmation, mais elle est de même négation en général. L'entendement ne peut supporter cette contradiction : elle est le rationnel. C'est ce point qui fait défaut à Spinoza , c'est là son manque. Le système de Spinoza est le panthéisme et le monothéismes absolus élevés dans la pensée. La substance absolue de Spinoza n'est rien de fini, elle n'est pas monde naturel. Cette pensée, cette intuition est le fondement dernier, l'identité de l'étendue et de la pensée. Nous avons devant nous deux déterminations, l'universel, l'étant-en-soi-et-pour-soi, et en second lieu la détermination du particulier et du singulier, l'individualité. Or il n'est pas difficile de montrer que le particulier, que le singulier est quelque chose d'essentiellement borné, que son concept dépend essentiellement d'autre chose, qu'il est dépendant et n'a pas d'existence véritable pour lui-même, donc qu'il n'est pas véritablement réel < effectif >. Relativement au déterminé, Spinoza a donc posé la thèse : Omnis determinatio est negatio ; seul est donc véritablement réel < effectif > le non-particularisé, l'universel, il est seul substantiel. L'âme, l'esprit est une chose singulière, et comme tel il est borné ; ce qui fait qu'il est une chose singulière est une négation, il n'a donc pas de véritable réalité effective. C'est en effet l'unité simple du penser auprès de soi-même que Spinoza énonce comme étant la substance absolue.

Telle est dans l'ensemble l'idée spinoziste. C'est la même chose que ce qu'était le ôn chez les Eléates. C'est l'intuition orientale qui avec Spinoza s'est exprimée pour la première fois en occident. On remarquera d'une façon générale qu'il faut que le penser se soit placé au point de vue du spinozisme ; c'est le commencement essentiel de tout philosopher. Si l'on commence de philosopher, il faut donc se baigner dans cet éther de la substance unique, dans laquelle tout ce qu'on a tenu pour vrai est englouti. C'est à cette négation de tout particulier que doit arriver tout philosophe ; c'est la libération de l'esprit et sa base absolue.