Egoisme et amour de soi

Ce qui touche de façon indissociable à différents domaines de la philosophie spinozienne comme des comparaisons avec d'autres auteurs, ou à des informations d'ordre purement historiques ou biographiques.
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dionysos
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Egoisme et amour de soi

Messagepar dionysos » 03 avr. 2011, 00:33

Bonsoir a tous,

Je souhaiterais faire part d'un fragment de cours ayant comme sujet la différence entre l'égoïsme et l'amour de soi. C'est une analyse d'un passage célèbre de Pascal ou il proclame le Moi Haïssable. L'analyse a été faite par un prof qui, on le voit dans l'analyse ,a un penchant certain pour Kant .
Faute de temps je ne peux m'y aventurer aujourd'hui mais je souhaiterais faire un parallèle avec la pensée de Spinoza ou il traite de la question de la haine de soi quoique sous un angle différent .
Merci pour vos éclairages sur la question

Dionysos

PS : pardonnez moi mais je ne sais pas dans quelle rubrique le poster Confused

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dionysos
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egoisme et amour de soi

Messagepar dionysos » 03 avr. 2011, 00:39

Re bonsoir ,

Oups désolé mais j'ai oublié de poster le fragment de cours.
Le voici , je cite :

"Il ne faut pas confondre égoïsme et amour de soi.C'est une confusion grave,c'est doublement pervers.l'affirmation de la liberté,c'est l'affirmation de toutes les libertés.Cela ne consiste pas a se nier soi~même pour le profit d'autrui.Amour de soi,volonté portée sur un but.Égoïsme,attitude de quelqu'un qui s'imagine que son bien est exclusif du bien des autres.les gens me servent,je ne vis que par rapport a eux.Ça c'est l'exploitation.Mais l'exploitation n'est pas la domination,exploiter ne veut pas dire dominer.
A l'échelle de l'homme,nous ne voulons jamais la chose pour elle même mais seulement en tant que moyen de satisfaction pour nous.
L'égoïste,quand il aime quelqu'un,il ne l'aime que pour l'intérêt qu'il lui apporte.Des qu'il n'y a plus d'intérêt il le nie et il le jette.Mais l'amour proprement humain c'est vouloir en l'homme son humanité,donc on l'aime pour nous~même.
Quand on aime quelqu'un,on prendra soin de lui~même a proportion,il n'y a qu'une perfection et c'est l'action.
Chez l'égoïste,son propre bien n'existe qu'au détriment des autres,c'est une aberration.Pour lui le bien est dans la chose,ce qui est faux,car le bien est dans l'action qui mérite de l'être.
La chose n'est qu'un moyen,elle ne peut en aucun cas être prise pour une fin.
Mais l'égoïste n'existe pas pour lui~même,c'est le contraire de l'amour de soi.
Pascal,''le moi est haïssable'' non pas en tant que contenu positif,mais en tant qu'il exclut tout le reste (les autres) : Mr URVOY François

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Henrique
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Messagepar Henrique » 03 avr. 2011, 13:39

Rapidement, juste quelques citations de Spinoza sur la question :

[Note perso : le latin abjectio, traduit ci-dessous par abjection serait mieux traduit par "effacement" à mon avis, voire "modestie" (en traduisant la modestia spinozienne par "courtoisie".]

E3D29
L'abjection consiste à penser de soi moins de bien qu'il ne faut sous l'impression de la tristesse.

Explication : Nous opposons d'ordinaire l'humilité à l'orgueil ; c'est qu'alors nous avons plus d'égard aux effets de ces deux passions qu'à leur nature. Nous appelons orgueilleux, en effet, celui qui se glorifie à l'excès (voir le Schol. de la Propos. 30, part. 3), qui ne parle de soi que pour exalter sa vertu et des autres que pour dire leurs vices, qui veut être mis au-dessus de tous, enfin qui prend la démarche et étale la magnificence des personnes placées fort au dessus de lui. Nous appelons humble, au contraire, celui qui rougit souvent, qui convient de ses défauts et célèbre les vertus des autres, qui se met au-dessous de tout le monde, celui enfin dont la démarche est modeste et la mise sans aucun ornement. Du reste, ces deux passions de l'abjection et de l'humilité sont extrêmement rares : car la nature humaine, considérée en elle-même, fait effort, en tant qu'il est en elle, contre de telles passions (voyez les Propos. 15 et 54, part, 3) ; et c'est pour cela que les hommes qui passent pour les plus humbles sont la plupart du temps les plus ambitieux et les plus envieux de tous.

E4P18S
La raison ne demande rien de contraire à la nature ; aussi elle demande à chaque homme de s'aimer soi-même, de chercher ce qui lui est utile véritablement, de désirer tout ce qui le conduit réellement à une perfection plus grande, enfin, de faire effort pour conserver son être autant qu'il est en lui.

E4P37
Le bien que désire pour lui-même tout homme qui pratique la vertu, il le désirera également pour les autres hommes, et avec d'autant plus de force qu'il aura une plus grande connaissance de Dieu.

E4P52
La paix intérieure peut provenir de la raison, et cette paix née de la raison est la plus haute où il nous soit donné d'atteindre.

Démonstration : La paix intérieure, c'est la joie qui naît pour l'homme de la contemplation de soi-même et de sa puissance d'agir (par la Déf. 25 des pass.). Or, la véritable puissance d'agir de l'homme ou sa vertu, c'est la raison elle-même (par la Propos. 3, part. 3) que l'homme contemple clairement et distinctement (par les Propos. 40 et 43, part. 2) ; d'où il suit que la paix intérieure naît de la raison. De plus, l'homme, quand il se contemple soi-même, ne perçoit d'une façon claire et distincte, c'est-à-dire adéquate, rien autre chose que ce qui suit de sa puissance d'agir (par la Déf. 2, part. 3), en d'autres termes (par la Propos. 3, part. 3), de sa puissance de comprendre : et par conséquent, le plus haut degré de la paix intérieure ne peut naître que de cette seule contemplation. C. Q. F. D.

E4P53
L'humilité n'est point une vertu ; en d'autres termes, elle ne provient point de la raison.

E4P57
L'orgueilleux aime la présence des parasites, des flatteurs, et il déteste celle des gens de coeur.

Scolie : "l'orgueil peut être défini : un sentiment de joie né d'une fausse opinion qui fait qu'un homme se croit au-dessus de ses semblables. L'abjection, qui est la passion opposée, se définira alors : un sentiment de tristesse né d'une fausse opinion qui fait qu'un homme se croit au-dessous de ses semblables. Cela posé, on conçoit aisément que l'orgueilleux soit nécessairement envieux (voyez le Schol. de la Propos. 55, part. 3) et haïsse surtout ceux qui sont loués pour leurs grandes vertus ; et on comprend aussi que cette haine ne soit pas aisément étouffée par l'amour et par les bienfaits (voyez le Schol. de la Propos. 41, part. 3), et que les hommes de cette espèce ne se plaisent que dans le commerce de ceux qui flattent l'impuissance de leur âme, et d'un sot font bientôt un insensé.

Quoique l'abjection soit le contraire de l'orgueil, l'homme abject est très voisin de l'orgueilleux. En effet, tandis que le sentiment de son impuissance, comparé à la puissance ou à la vertu d'autrui, lui inspire de la tristesse, cette tristesse est calmée et fait place à la joie aussitôt que son imagination s'attache à considérer les vices d'autrui ; et de là le proverbe : C'est la consolation des malheureux d'avoir des compagnons de leur malheur. Au contraire, l'homme livré à l'abjection sera saisi d'une tristesse d'autant plus grande qu'il se croira plus au dessous des autres ; d'où il arrive qu'il n'y a pas d'hommes plus portés à l'envie que ceux dont je parle et plus empressés d'observer les actions des hommes, pour les censurer plutôt que pour les corriger ; enfin ils ne louent que l'abjection et s'en font honneur, de manière pourtant à ne jamais quitter leur personnage. "

E3P58
Il n'est point contraire à la raison de se glorifier d'une chose ; ce sentiment peut provenir de la raison elle-même.

Pour lire le contexte :
http://www.spinozaetnous.org/wiki/E4
Voir aussi en latin :
http://www.spinozaetnous.org/wiki/Ethica_-_Pars_IV

PS : ce sujet concerne l'anthropologie et l'éthique dans ses enjeux, c'est donc bien un sujet transversal mais votre question porte surtout sur la différence de nature qu'on peut faire éventuellement entre amour de soi et égoïsme, donc une question surtout anthropologique, je la déplace donc à l'endroit requis.


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