Le problème épineux du troisième attribut

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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Le problème épineux du troisième attribut

Messagepar Explorer » 19 déc. 2012, 20:37

Je vous livre ici le début de ma réflexion, développée plus longuement dans mon ouvrage.
Voici.

Le troisième attribut : hypothèse et éléments de démonstration

J’userai dans cette partie d’un plus grand nombre de références afin d’étayer l’hypothèse que je propose ici.
L’esprit humain ne peut avoir connaissance que de ce qu’enveloppe l’idée d’un corps existant en acte ou de ce qui peut s’en déduire. En effet, la puissance d’une chose quelconque se définit par sa seule essence(16) et l’essence de l’esprit humain consiste en cela seul qu’elle est l’idée d’un corps humain existant en acte. Or, cette idée du corps n’exprime d’autres attributs que l’étendue et la pensée car l’objet auquel elle se rapporte (le corps) a Dieu pour cause en tant qu’il est considéré sous l’attribut étendue et non sous aucun autre(17) et par suite, l’idée du corps exprime la connaissance de Dieu en tant seulement qu’il est considéré sous l’attribut de l’étendue(18). Par ailleurs, cette idée en tant qu’elle est un mode de la pensée, a aussi Dieu pour cause en tant qu’il est chose pensante et non en tant qu’il est considéré sous un autre attribut et donc l’idée de cette idée exprime la connaissance de Dieu en tant qu’il est considéré sous l’attribut de la pensée et non sous aucun autre. Spinoza, dans l’Éthique, est donc formel : l’esprit humain n’enveloppe et n’exprime aucun autre attribut de Dieu que l’étendue et la pensée.
L’affaire du troisième attribut par lequel l’esprit humain pourrait appréhender la substance est, semble-t-il, classée sans suite par Spinoza dans l’Éthique, chose qu’il rappelle à plusieurs reprises au jeune baron von Tschirnhauss (19), lecteur assidu du maître, à l’occasion d’une correspondance qu’ils entretiennent ensemble via une connaissance commune, Georg Hermann Schuller. Or, si Spinoza est formel dans cette correspondance, il ne l’a pas toujours été, ou du moins il a pu hésiter au sujet d’un troisième attribut, voire d’une infinité d’attributs accessibles à l’entendement humain. En effet, dans une note au début du Court Traité (20), il écrit ceci : « En réfléchissant sur la nature, nous n'avons trouvé jusqu'à présent que deux propriétés qui puissent convenir à cet être infiniment parfait. Mais ces deux propriétés sont loin de nous suffire pour nous donner à elles seules l’idée de l’être parfait ; au contraire nous trouvons en nous quelque chose qui nous annonce non seulement plusieurs autres attributs, mais un nombre infini d'attributs infinis, qui doivent appartenir à l’être parfait, afin qu'il puisse être dit parfait. D'où vient donc cette idée de perfection? Elle ne peut être formée à l'aide des deux idées mentionnées, car deux ne donnent que deux, et non un nombre infini. D'où donc ? Non pas de moi certainement ; je devrais donner ce que je n'ai pas. D'où enfin, si ce n'est des infinies perfections elles-mêmes, qui nous disent qu'elles sont, sans nous dire ce qu'elles sont ? Car de deux seulement nous savons ce qu'elles sont. » Par ailleurs, dès le début de l’Éthique, Spinoza affirme la chose suivante (21) : « Il n’est rien [...] de plus clair dans la nature que ceci : chaque être doit être conçu sous quelque attribut, et plus il possède de réalité ou d’être, plus il possède d’attributs qui expriment et la nécessité, autrement dit l’éternité, et l’infinité ; » Si l’on suit Spinoza, l’homme qui s’élève à la connaissance des essences, à la connaissance intellectuelle de Dieu, possède plus de réalité que l’homme ordinaire, mais cela lui en offre- t-il assez pour connaître la substance unique sous d’autres attributs ? Pour que ce soit vrai, il faudrait que l’intuition de Spinoza dans le Court Traité (deux attributs seulement sont insuffisants pour se faire une idée de l’être parfait, de Dieu) se réalise sous la forme d’un homme parfait (parvenu à la perfection) dont l’esprit, dans l’attribut de la pensée, soit à la fois l’idée du corps existant dans l’attribut de l’étendue, mais également l’idée de ce même corps dans un troisième attribut et ainsi de suite pour tous les attributs, jusqu’à ce que l’on parvienne à l’idée de tous les corps dans tous les attributs, autrement dit que l’esprit de cet homme parfait soit l’esprit du même corps considéré sous tous les attributs.

 
16 Spinoza, Éthique, partie II, Proposition 7

17 Spinoza, Éthique, partie II, Proposition 6

18 Spinoza, Éthique,  partie I, Axiome 6

19 Spinoza à Schuller, 29 juillet 1675, Lettre LXIV, G IV, p.277-­‐8, trad. Appuhn, p. 314

20  B. Spinoza, Court Traité de Dieu, de l’homme et de la santé de son âme, KV I, i,note d, G I,p.17, trad. Appuhn, p.47

21 Spinoza, Éthique, partie I, Proposition 10, Scolie
 

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