Durtal a écrit :Laisse tomber Louisa
je veux bien, mais c'est précisément un argument décisif qui permet de laisser tomber cette discussion que pour l'instant nous sommes en train de chercher ...
Si donc tu me réponds ceci, je suppose que mon dernier message n'était pas très clair. Ce que j'ai essayé de te dire, c'est qu'à mon sens, la position que tu défendes est contradictoire. Voici pourquoi:
1. tu dis être d'accord avec Spinoza sur le point dont nous discutons, ce qui signifie que tu acceptes l'idée que l'affirmation appartient à l'essence même de l'idée, et partant qu'on ne peut pas nier ou affirmer telle ou telle idée particulière indifféremment.
2. je suppose que tu acceptes ce que viens de rappeler Joseph: qu'en logique formelle, on peut indifféremment nier ou affirmer n'importe quel énoncé bien formé (ebf que désigne la variable a dans un jugement frégéen). Ce qui signifie que ce qui caractérise l'assertion formelle, c'est que l'affirmation n'appartient PAS à l'essence même de la variable affirmée.
3. tu dis enfin : "La logique formelle est une représentation, une image de nos inférences réelles." Ce qui signifie que tu es d'accord avec Joseph pour dire que les caractéristiques de l'assertion formelle s'appliquent sans réserve aussi aux assertions réelles. Or si c'était le cas, Joseph avait tout à fait raison, car alors on doit reconnaître qu'on peut en effet indifféremment réellement nier ou affirmer (= réellement ne pas croire en ou croire en) n'importe quelle idée particulière, et partant que l'affirmation n'appartient PAS à l'idée, contrairement à ce que dit Spinoza.
1 et 3 sont donc contradictoires.
La position de Joseph, en revanche, me semble être tout à fait cohérente. Il défend 2 et 3, et en tire la conclusion qu'il faut nier 1. Ce raisonnement me semble être tout à fait correcte.
Pourtant je crois qu'ici c'est plutôt Spinoza qui a raison, puisque je ne vois pas comment on pourrait asserter réellement ce que pourtant on nie réellement. Autrement dit: je vois mal comment à la fois croire réellement que Sarkozy est le président actuel de la France, et ne l'est pas. C'est pourquoi, si l'on veut démontrer la vérité de 3, il faut pouvoir montrer en quoi en ce qui concerne les assertions réelles, il est possible de réellement nier une idée qu'on croit être vraie. Car on peut toujours un instant faire comme si, s'imaginer qu'elle soit fausse, mais on n'oubliera pas une seconde qu'on est en train de faire un exercice purement imaginaire.
C'est donc pourquoi je demande à ceux qui veulent défendre le point 3 qu'ils donnent au moins un seul exemple de la thèse qu'il défendent, c'est-à-dire qu'ils donnent au moins un seul exemple d'une idée qu'on croit réellement être vraie, et qu'on pourrait néanmoins librement et réellement croire fausse. Sans cet exemple, à mon sens il faut accepter:
a) que sur ce point Spinoza a raison, et
b) qu'il ne suffit pas d'admettre une distinction entre assertion formelle et assertion réelle, comme le fait Joseph, mais qu'il faut aussi admettre que parfois les caractéristiques de l'assertion formelle ne se transposent pas à l'assertion réelle.
Cordialement,
Louisa
PS à Faun:
à mon avis les mots eux-mêmes sont pour Spinoza de l'ordre des signes, ce qui signifie qu'ils sont toujours "entachés" d'un certain degré d'équivocité. Ce degré est le moins élevé dans les langages formels, puisqu'on y définit activement chaque signe et cela dans le but explicite de le rendre le plus univoque possible. En poésie, en revanche, le degré d'équivocité est le plus élevé possible, et c'est ce qui fait toute sa beauté et toute sa richesse. La poésie utilise donc ACTIVEMENT ce caractère d'ambiguïté, elle joue avec les connotations plus ou moins confuses des mots, pour en faire jaillir des "percepts et affects" tout à fait nouveaux.
Spinoza lui-même a clairement opté pour une philosophie qui s'approche le plus possible du langage des mathématiques, pour la "forme" mathématique. Puisqu'il dit par ailleurs avoir trouvé un bien qui se communique, je vois mal comment dire que c'est spinoziste de croire qu'on ne pourrait pas communiquer une idée adéquate par des mots. A mon sens Joseph a donc raison quand il dit que celui qui croit que la poésie sait davantage communiquer des idées humaines qu'un langage plus formalisé, défend plus une position heideggerienne que spinoziste (position tout aussi respectable, bien sûr - quoiqu'il faille sans doute nuancer en rappelant que pour Heidegger la poésie ne servait pas tellement à bien communiquer entre humains, mais plutôt à avoir accès à une partie de la vérité difficilement accessible autrement).
Or si Joseph répond en citant un vers de poésie, on pourrait certes y voir de l'ironie. Mais précisément parce que la poésie est équivoque, on peut tout aussi bien y voir un argument "à la hauteur" de ce que vous veniez de lui dire: à celui qui croit qu'on communique mieux les idées par un vers de poésie que par un langage plus univoque, on peut "argumenter" en citant des poètes. Comme il est évident que sa citation pour le reste ne démontrait pas grand-chose, il a de fait simplement démontré en quoi il est difficile de dire que la poésie permet de mieux communiquer, entre hommes, qu'un langage plus "ordinaire" voire formel, puisque justement, il était assez difficile de comprendre spontanément la pertinence de ce vers (en ce qui concerne son contenu) par rapport à ce dont il y avait discussion ... CQFD.

