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Désacralisation des textes sacrés

 
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JPCC
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MessagePosté le: 21/09/2013 00:30    Sujet du message: Désacralisation des textes sacrés Répondre en citant

Bonjour,
je ne suis pas philosophe mais crois comprendre en lisant Spinoza et le problème du sacré au XVIIe siècle, Antoine Fleyfel, Recherches de Science Religieuse 2/2008 (Tome 96), p. 241-254, que Spinoza prôna la désacralisation des textes sacrés (je ne parle pas d'analyser avec la méthode historico-critique, mais d'ôter au texte son statut de texte sacré pour ne le considérer que comme un livre humain, comme l'Iliade et l'Odyssée).
Travaillant à titre personnel sur "la violence monothéiste" et sa relation avec l'ordre biblique de brûler les idoles, j'en étais arrivé à l'idée que la désacralisation des textes sacrés pourrait éventuellement être une voie de sortie de cette violence sans jeter le bébé (les religions abrahamiques) avec l'eau du bain (leur violence);
D'où mon bonheur de trouver cette idée chez Spinoza. Quelle a été la postérité de cette idée : qui l'a reprise, qui (hors les autorités religieuses) l'a combattue, qui s’en réclame aujourd’hui (je connais au moins l’AJHL, l’association pour un judaïsme laïque)...?
Merci d'avance[/i]
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Henrique
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MessagePosté le: 13/10/2013 03:38    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,
On peut parler de désacralisation de la Bible chez Spinoza dans la mesure où il se propose de l'interpréter avec une méthode aussi rationnelle que celle qui sert à rendre compte des phénomènes particuliers de la nature (cf. chapitre sur l'interprétation). Mais d'un autre côté, c'est une façon beaucoup plus respectueuse de lire le texte que celle de ceux qui forcent le texte en l'interprétant à partir de leurs expériences historiques et géographiques différentes de celles des auteurs de la Bible, et en finissant par faire dire aux textes ce qu'ils veulent plutôt que ce qui s'y trouve effectivement. Ainsi, les notions d'âme et d'esprit, telle qu'elle est théorisée au moyen âge, à la suite des influences platoniciennes et aristotéliciennes, n'ont pas grand chose à voir avec ce qu'on peut effectivement lire dans le texte.

Cette approche philologique et historique du texte sacré a eu une grande influence, notamment au XVIIIème siècle où tout le monde intellectuel professait abhorrer Spinoza en public mais le lisait souterrainement. Cette critique religieuse a conduit à la remise en cause du principe de droit divin qui soutenait les monarchies en Europe et aux révolutions qui s'en sont suivies.

En Allemagne, les Lumières sont marquées par la querelle du panthéisme, dont Spinoza est la figure centrale. Le spinozisme de Lessing est vu par Jacobi comme l'essence des Lumières, qui sont un rationalisme conduisant à la remise en cause de toute tradition et ainsi à l'athéisme. Herder joue un rôle important dans cette querelle et renouvelle la question de la lecture des textes sacrés à partir de Spinoza.
Cela revient à remettre à l'honneur la remise en cause spinozienne du caractère intouchable des doctrines chrétiennes, catholiques ou protestantes. Schleiermacher est aussi un héritier important de cette approche, même s'il essaye de réconcilier, à la suite de Kant, raison et foi, avec sa théologie du sentiment, ce qui conduit aussi au romantisme allemand.
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JPCC
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MessagePosté le: 14/10/2013 07:00    Sujet du message: Répondre en citant

Merci infiniment pour ce commentaire. J'ai bien compris que Spinoza peut être considéré comme le premier à avoir appliqué la méthode historico-critique à la Bible, mais ma question était quel statut accorde-t-il au livre sacré, autrement dit quel partage entre responsabilitié divine et responsabilté humaine dans sa rédaction. Si je vous comprends bien, pour Spinoza la Bible était un texte 100% humain, les auteurs se disant ou se croyant inspirés par Dieu, mais sans que le texte puisse se prévaloir d'une quelconque caution divine : c'est un livre comme tous les livres humains - inspiré, mais quel auteur peut écrire sans inspiration?-, pas plus sacré qu'un autre. Est-ce bien cela?
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Henrique
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MessagePosté le: 14/10/2013 08:24    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour JPCC,
Il me semble avoir surtout répondu, d'après ce que j'avais cru pouvoir lire de votre première intervention, à la question de la postérité de la désacralisation de la Bible qu'on trouve à partir du TTP.

Maintenant si on lit dans le détail le TTP, la Bible est présentée à la fois comme un livre 100% humain et 100% divin, puisque les hommes sont des modes de la substance divine et que ce livre traite tout de même principalement de la relation entre les hommes et Dieu.

Je pense que pour répondre vraiment à cette question, il faut lire le TTP, mais vous pouvez plus particulièrement consulter le chapitre XII. Ce passage résume la pensée de Spinoza sur le sujet : "Voici donc les trois causes pour lesquelles l’Écriture est appelée parole de Dieu, savoir : parce qu’elle enseigne la vraie religion, dont Dieu est l’éternel auteur ; ensuite parce qu’elle expose les événements de l’avenir comme des décrets de Dieu ; et enfin parce que ceux qui en furent effectivement les auteurs l’ont enseignée généralement, non par le moyen vulgaire de la lumière naturelle, mais par une lumière qui leur était particulière et de la même façon que si Dieu lui-même eût parlé par leur bouche. "

Sur la vraie religion, qui est un ensemble d'articles de foi que la révélation peut soutenir par des histoires hautes en couleur ou que la philosophie peut expliquer par des raisonnements et des concepts, on en parle justement sur le fil "credo minimum spinoziste". En gros, la vraie religion c'est d'aimer la vie et les vivants, surtout les hommes, ce qu'effectivement Spinoza lit dans la Bible principalement. Ensuite, les décrets de Dieu, ce sont les lois de la nature, qui nous permettent de prévoir l'avenir. Enfin, les prophètes, ce sont des hommes qui plus que les autres accèdent à l'intuition de l'unité de Dieu, c'est-à-dire de la vie même comme puissance expansive, avec les vivants et qui recourent à l'imagination, que le peuple comprend plus facilement que les concepts et les raisonnements, pour partager avec leurs semblables ce qui découle de ces intuitions.

Enfin, comme je le disais, on peut parler de désacralisation dans la mesure où la Bible est étudiée comme un phénomène naturel. Mais que la Bible soit mise au plan de la nature n'est pas non plus une façon de la rabaisser puisque la nature est l'être suprême. Ainsi cette désacralisation ne signifie pas que la Bible doive être traitée avec irrespect : c'est toute la nature qui devient digne de respect.
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MessagePosté le: 14/10/2013 19:56    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour Henrique,
Merci infiniment, c'est effectivement bien la réponse que je cherchais. Ce n'est donc pas à proprement parler la "désacralisation" de mes voeux.
Je m'explique: la Bible contient pour moi une injonction paradoxale, elle ordonne d'aimer son prochain, mais de tuer son dieu (s'il est différent du sien bien sûr). Je suis convaincu que cet exclusivisme, illustré par le dieu jaloux, la condamnation de l'idolâtrie et l'ordre de brûler les idoles (qui n'est pas "un détail" mais parcourt toute la Bible), est à l'origine de "la violence monothéiste", c'est à dire du fait que le monde monothéiste a connu et connaît plus de violence religieuse que le monde non monothéiste.Car détruire les dieux d'autrui est une exception abrahamique dans l'histoire des religions. Le drame de cet appel à la violence, qui n'est évidemment pas le seul que l'humanité ait connu, est sa sacralité, qui fait de cette violence une violence sacrée. D'où l'idée que la parade serait de désacraliser ce livre, au sens de n'en attribuer la paternité qu'à des hommes.
Ce que je ne comprends toujours pas bien dans votre réponse, c'est la relation que fait Spinoza entre la Bible et "la vraie religion", celle de la vie et de la nature, à laquelle l'ordre de brûler les idoles me semble étranger, ainsi que la présentation des prophètes comme des auteurs inspirés, alors qu'ils n'ont jamais, y compris Jésus, dénoncé cet ordre.
Merci encore
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Henrique
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MessagePosté le: 28/10/2013 03:34    Sujet du message: Répondre en citant

Cher JPCC,
Je ne suis pas sûr que vous ayez bien compris le fond de la pensée de Spinoza. Je le rappelle au cas où vous ne le connaîtriez pas vraiment. En l'occurrence, ce qu'on appelle "Dieu", c'est l'être suprême, l'être au dessus duquel il n'y en a pas de plus puissant ou de plus parfait. Et dans son Ethique, plus directement que dans le TTP, Spinoza montre que cet être suprême, c'est en fait la nature considérée comme totalité de ce qui existe (nature naturée) et unité vivante de cette totalité (nature naturante). En passant par une analyse de l'idée d'infini, il établit que Dieu ne saurait être un créateur personnel, transcendant la nature. Donc dire que les prophètes sont inspirés de Dieu revient à dire qu'ils sont plus à l'écoute de la nature que les autres, non qu'ils seraient les rapporteurs d'une parole autre que la leur propre. La Bible est la parole de Dieu parce que les hommes qui l'ont écrite font partie de la nature et ont une intuition plus poussée que le commun des mortels de cette appartenance. Etre inspiré n'a en ce sens rien de surnaturel : le prophète n'est en réalité qu'un poète moral. Car le message biblique est essentiellement moral d'après Spinoza et non théologique au sens rigoureux. De sorte que tout ce qu'on peut trouver dans la Bible qui semble aller contre les 7 articles de foi déjà évoqués ne peut pas être interprété comme relevant du message biblique.

Ainsi la Bible dénonce l'idolâtrie pour une raison difficile à contester rationnellement : on ne peut enfermer l'infini dans le fini, on ne peut se rendre maître de l'être suprême comme on peut le faire avec une statue que l'on fabrique et que l'on peut détruire. Ensuite, à partir de cette pensée juste en soi qu'il ne peut par définition y avoir qu'un seul être suprême, les hébreux ont cru bon de détruire les dieux des autres, comme si leur dieu personnel et plein de passions humaines ne comportait pas encore beaucoup d'idolâtrie. C'est en ce sens que Jésus a affirmé qu'il venait en fait accomplir la loi au lieu de chercher à la détruire, alors que de fait il contestait la lettre de beaucoup de lois. L'idée de loi avait en effet pour but de rapprocher les hommes de Dieu c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus substantiel en eux-mêmes, mais au final, chacun pouvait rester à ses mesquineries. Aussi affirme-t-il la loi d'amour de sorte que celui qui se porte au secours du samaritain idolâtre dans la difficulté est plus proche de Dieu que celui qui passe son chemin.

Ce que montre Spinoza à partir de la Bible elle-même, le premier de façon systématique et méthodique, c'est que tout y est affaire d'interprétation. Et toute interprétation, raisonnable ou délirante, est humaine.

Pour finir, mais il aurait peut-être fallu commencer par là, il faudrait s'entendre sur ce qu'on appelle sacré : c'est ce qu'on ne doit pas toucher ou modifier sous peine de nous perdre nous-mêmes. Aujourd'hui et hors de tout cadre religieux, il y a toujours du sacré : par exemple, on ne doit pas toucher à l'intégrité physique et morale des enfants dans les sociétés démocratiques, sans quoi on perd toute dignité humaine. Il n'y a donc pas besoin d'une origine transcendante pour qu'il y ait du sacré. Que la Bible soit digne d'un respect absolu, comme la vie des enfants, un spinoziste peut le comprendre mais ce qu'il s'agit de respecter absolument, c'est la culture, l'humanité que représente la Bible et qu'on peut y trouver, nullement sa lettre même, qu'il faudrait tenir pour indiscutable ou à laquelle il serait interdit de réfléchir : Spinoza lui-même ne s'en est pas privé. D'ailleurs, celui qui se faisait appeler l'apôtre des nations n'a-t-il pas dit "la lettre tue, l'esprit vivifie" ?
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MessagePosté le: 07/11/2013 10:24    Sujet du message: Répondre en citant

Cher Henrique,
merci infiniment de cette réponse très fouillée. Oui, je comprends mieux en relisant vos différentes réponses. Et merci pour votre belle définition du sacré.
Si je peux toutefois me permettre encore quelques remarques:
1- Interpréter la condamnation de l'idolâtrie comme résultant de l'impossibilité d'enfermer l'infini dans le fini me paraît très loin du texte biblique, qui ne parle jamais d'infini ni même de transcendance, mais bien d'un dieu personnel jaloux. Ce ne sont pas les Hébreux qui ont mal interprété la Bible en détruisant les dieux des autres, c'est le sens premier explicite du texte biblique lui-même (sauf à faire dire aux textes ce qu'on veut plutôt que ce qui s'y trouve effectivement).
2- les trois causes pour lesquelles l’Écriture est appelée parole de Dieu...: le texte biblique ne me paraît pas respecter ces 3 causes (j'en ai donné un exemple ci-dessus). Spinoza serait-il donc de l'avis de St Augustin: "S’il arrive que l’autorité des Saintes Écritures soit mise en opposition avec une raison manifeste et certaine, cela veut dire que celui qui [interprète l’Écriture] ne la comprend pas correctement. Ce n’est pas le sens de l’Écriture qui s’oppose à la vérité, mais le sens qu’il a voulu lui donner. Ce qui s’oppose à l’Écriture ce n’est pas ce qui est en elle, mais ce qu’il y a mis lui-même, croyant que cela constituait son sens." ???
3- citer Saint Paul, le grand pourfendeur des hérésies, le fondateur originel des dogmes chrétiens, comme le maître de l'esprit contre la lettre me paraît osé, même s'il a écrit "la lettre tue..." Spinoza aimait-il Saint Paul?

J'espère ne pas vous froisser avec ces remarques, car je vous suis très sincèrement reconnaissant de vos efforts pour m'aider à comprendre Spinoza.
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