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Peut-on être un spinoziste modéré, ou spinoziste athée ?
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Vanleers
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MessagePosté le: 13/12/2013 21:22    Sujet du message: Répondre en citant

A Hokousai

Dans la lettre 83 à Tschirnhaus, Spinoza écrit :

« Pour ce que vous demandez, à savoir si la variété des choses peut être établie a priori en partant de la seule idée de l’étendue, je crois avoir déjà assez clairement montré que c’est impossible. C’est pourquoi je pense que la définition donnée par Descartes de la matière, qu’il ramène à l’étendue, est mauvaise, et que l’explication doit être nécessairement cherchée dans un attribut qui exprime une essence éternelle et infinie. »

Ceci me confirme dans l’idée que désigner, après la Pensée, l’autre attribut de Dieu que nous connaissons par Etendue est à prendre avec précaution.
En effet, l’Etendue comme attribut est très loin de l’étendue au sens commun.

La théorie de la relativité générale peut nous inciter également à cette prudence.

Avec la théorie de la relativité restreinte, Einstein avait opéré deux unifications : l’espace et le temps, d’une part, la matière et l’énergie d’autre part.
Toutefois, l’espace-temps et la matière-énergie restaient séparés, le premier étant le cadre dans lequel prennent place les phénomènes relatifs à la matière-énergie.

Avec la relativité générale, l’espace-temps et la matière-énergie ne peuvent plus être considérés séparément mais forment un tout, les caractéristiques de l’espace-temps étant fonction du contenu de l’univers en matière énergie.
(G = k T, G étant le tenseur d’Einstein caractérisant la géométrie de l’espace-temps, T le tenseur énergie-impulsion et k une constante – constante d’Einstein).

Le bouleversement des idées sur l’espace-temps de la physique qu’a entraîné cette théorie, devrait, comme je le disais, nous rendre circonspects à propos de la compréhension de l’attribut que Spinoza désigne par Etendue.

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hokousai
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MessagePosté le: 13/12/2013 21:50    Sujet du message: Répondre en citant

ah mais moi je suis très circonspect.

Vous remonteriez de quelques années sur ce forum je m'expliquais l'étendue ... à partir de Maine de Biran ( lequel critiqua Kant ). Pas l'étendue infinie mais l'étendue tout court .(une activité spatialisante )
Mais le Spinoza des affects peut aussi introduire à une compréhension de l'activité spatialisante de l'esprit /corps humain ...

Pas le Spinoza du de Deo. Là l'Etendue n'est pas l'étendue au sens commun.
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Vanleers
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MessagePosté le: 18/12/2013 02:57    Sujet du message: Répondre en citant

A Hokousai

J’ai déjà cité (page 19 de ce fil) la phrase de Matheron (Individu et communauté p. 12) :

« Tout individu est auto-producteur, partiellement ou totalement selon que son dynamisme interne a besoin ou non de certaines conditions extérieures pour s’exercer; et, du fait de cette auto-productivité, il peut être considéré, à l'analyse, soit comme « naturant », soit comme « naturé ». »

Essayant d’approfondir cette notion d’individu auto-producteur, je cite à nouveau Matheron (p. 22) :

« Tout individu, qu’il soit fini ou infini, apparaît ainsi comme la résultante de ses propres effets : comme une totalité fermée sur soi, qui se produit et se reproduit elle-même en permanence. »

Il y a là, me semble-t-il, l’équivalent de ce que Descartes appelait la « création continuée » : Dieu ne se contente pas de créer mais il ne cesse de soutenir dans l’être ses créations.
Avec Spinoza, pas de création mais une « autoproduction continuée ».

Après avoir traité des Individus infinis, Matheron poursuit :

« Dans le cas d’un individu fini, par contre, des obstacles peuvent et doivent surgir : une chose singulière n’existe que si d’autres choses singulières lui procurent un contexte favorable, si son conatus est soutenu par tous les autres conatus ; […] »

Cette idée est développée dans un article en :

http://vivrespinoza.wordpress.com/2013/12/06/spinoza-et-lennui-2/

Je cite le début :

« Lorsqu’une chose singulière accède à l’existence, c’est-à-dire entre dans la durée, elle va s’efforcer d’actualiser les propriétés contenues dans son essence avec le concours de certaines choses extérieures (celles qui lui conviennent) et contre d’autres choses extérieures (celles qui s’opposent à cette actualisation, qui lui sont contraires). Cet effort est sa poussée existentielle, son essence « actuelle », son Conatus.
Si l’on imaginait un triangle doué de vie, on le verrait s’efforcer de déduire de sa définition le nombre maximum possible de propriétés en utilisant le concours d’autres figures et de tracés grâce au mouvement. Ainsi, pour déduire que la somme de ses angles vaut deux droits, il aurait recours au mouvement pour prolonger un de ses côtés et y mener une parallèle par le sommet opposé.
Le Conatus humain se nomme Désir. On pourrait dire, en employant les termes de Christian Lazzeri, que :
« Le Désir est fondamentalement désir de l’essence elle-même pour sa pleine réalisation et non désir de conservation physiologique qui définit la vie. Il apparaît comme effort d’une essence pour rejoindre son être optimal à partir de toutes les modifications qui l’affectent dès lors qu’elles empêchent ou favorisent cette puissance. » »

Je dirai donc que l’existence dans la durée d’un individu est son autoproduction, facilitée ou gênée par les conditions extérieures.

Matheron écrit encore (p. 23) :

Mais l’individu fini lui-même, dans la mesure où il agit, c’est-à-dire où ce qu’il fait se déduit de sa seule nature, tend à se conserver pour une durée illimitée. »

J’ajouterai que, dans cette situation où l’individu est actif, son autoproduction est facilitée au mieux puisqu’il fait cause commune avec ce qui le détermine : on le dira alors pleinement auto-producteur.

L’auteur de l’article précité écrit aussi :

« Le Conatus est effort de constitution d’un soi. Et cet effort ne peut se faire que par des actes posés dans le monde.
Remarquons en passant que le Conatus donne une assise métaphysique à la fameuse formule de Jules Lequier : « Faire et en faisant se faire. » »

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hokousai
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MessagePosté le: 18/12/2013 05:00    Sujet du message: Répondre en citant

Jules Lequier !!! ( j 'aime, vous vous en doutez bien )

"""""""Un jour, dans le jardin paternel, au moment de prendre une feuille de charmille, je m’émerveillai tout à coup de me sentir le maître absolu de cette action, tout insignifiante qu’elle était. Faire, ou ne pas faire ! Tous les deux si également en mon pouvoir ! Une même cause, moi, capable au même instant, comme si j’étais double, de deux effets tout à fait opposés ! et, par l’un, ou par l’autre, auteur de quelque chose d’éternel, car quel que fût mon choix, il serait désormais éternellement vrai qu’en ce point de la durée aurait eu lieu ce qu’il m’aurait plu de décider. Je ne suffisais pas à mon étonnement ; je m’éloignais, je revenais, mon coeur battait à coups précipités."""""
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