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Spinoza et Nous - Philosophie de l'affirmation: Documents

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Nécessité et liberté
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1 - Dans les Pensées Métaphysiques et le TRE
2 - Dans le Court Traité
3 - Dans l'Ethique
4 - Dans les Lettres
5 - Dans le Traité Théologico-Politique
6 - Dans le Traité Politique

4 - Dans les Lettres

Lettre 2 à Oldenburg : … Je ne dirai qu’un mot de Bacon… toutes les autres causes d’erreur qu’il assigne encore se peuvent facilement réduire à cette cause unique, reconnue par Descartes, savoir : que la volonté de l’homme est libre et plus étendue que son entendement, ou, comme Bacon le dit (aph. 49) avec plus de confusion, que l’entendement n’est pas éclairé d’une lumière pure, mais d’une lumière offusquée par les nuages qu’y répand la volonté (il est bon de remarquer ici que Bacon prend souvent l’entendement pour l’âme, en quoi il diffère de Descartes). Or, je montrerai que cette cause d’erreur, en laissant de côté les autres comme sans intérêt, est fausse ; et c’est ce que ces philosophes eux-mêmes auraient aisément aperçu, s’ils avaient seulement fait attention que la volonté diffère de telle ou telle volition, de la même manière que la blancheur de telle ou telle couleur blanche, l’humanité de tel ou tel individu humain, et, par conséquent, qu’il est également impossible de concevoir la volonté comme cause de telle ou telle volition que l’humanité comme cause de Pierre ou de Paul. Or donc, puisque la volonté n’est qu’un être de raison et qu’on ne peut dire qu’elle soit la cause de telle ou telle volition ; puisque les volontés particulières ont besoin pour exister d’une cause et ne peuvent en conséquence être appelées libres, mais sont nécessairement telles que leurs causes les déterminent à être ; enfin, puisque, selon Descartes lui-même, les erreurs elles-mêmes sont des volitions particulières, il s’ensuit nécessairement que les erreurs, c’est-à-dire les volontés particulières qu’on appelle de ce nom, ne sont pas libres, mais sont déterminées par des causes extérieures et nullement par la volonté …


Lettre 21 à Blyenbergh : … n’allez pas croire que cela m’empêche de reconnaître cette vérité (qui est même la source du contentement et de la tranquillité de mon âme) : je veux dire que tout arrive par la puissance de l’Être souverainement parfait et selon l’ordre immuable de ses décrets. …


… je n’accorde nullement pour mon compte cette sorte de liberté que Descartes attribue à l’âme humaine, ainsi que L. M. l’a déclaré en mon nom dans la préface de mon ouvrage... Mais je vois bien maintenant que j’aurais beaucoup mieux fait de vous répondre en cartésien dans ma première lettre, et de vous dire que nous ne pouvons savoir comment notre liberté et ce qui en dépend peut se concilier avec la providence et la liberté de Dieu (comme je l’ai dit dans mon Appendice en plusieurs endroits) ; si bien que le dogme de la création ne doit introduire aucune contradiction dans celui de la liberté, l’esprit humain étant incapable de comprendre comment Dieu a créé le monde et (ce qui est la même chose) comment il le conserve. J’étais convaincu en vous écrivant que vous aviez lu la préface en question, et il me paraissait que ce serait manquer au devoir d’une amitié que je vous offrais cordialement que de ne pas vous répondre selon mes véritables sentiments. Mais passons là-dessus.


… notre liberté ne consiste ni en une certaine contingence des actions, ni dans l’indifférence, mais dans l’affirmation ou la négation ; d’où il suit qu’à mesure que nous sommes moins indifférents à affirmer une chose nous sommes plus libres. Par exemple, si la nature de Dieu nous est connue, l’affirmation de l’existence de Dieu suit de notre nature avec tout autant de nécessité qu’il suit de la nature d’un triangle que la somme de ses angles égale deux droits ; et cependant nous ne sommes jamais plus libres que quand nous affirmons une vérité de cette sorte. Or, cette nécessité n’étant autre chose que le décret de Dieu, comme je l’ai fait voir clairement dans mon Appendice, il est aisé de comprendre par là en quelque façon comment nous faisons une chose librement et en sommes véritablement la cause, bien que nous la fassions nécessairement et d’après le décret de Dieu. Cela se comprend, je le répète, toutes les fois qu’on affirme une chose dont on a une perception claire et distincte ; mais aussitôt qu’on affirme une chose qu’on ne conçoit pas clairement et distinctement, c’est-à-dire chaque fois qu’on souffre que la volonté se donne carrière hors des limites de l’entendement, on n’aperçoit plus alors la nécessité de l’affirmation ni les décrets de Dieu ; on ne voit que sa liberté, laquelle est toujours renfermée dans la volonté, et qui seule fait considérer nos actes comme bons ou mauvais. Et dans ce dernier cas, si nous essayons de concilier notre liberté avec le décret de Dieu et la création continue, c’est confondre alors ce que nous comprenons d’une façon claire et distincte avec ce que nous ne comprenons pas ; or toutes nos tentatives de conciliation sont impuissantes. Qu’il nous suffise donc de savoir que nous sommes libres, que les décrets de Dieu ne nous empêchent pas de l’être, enfin que nous sommes la cause du mal, puisque aucun acte ne peut être appelé bon ou mauvais qu’au regard de notre liberté. Voilà pour ce qui regarde Descartes ; et je crois avoir démontré qu’il n’y a dans ses principes, sous le point de vue qui nous occupe, aucune contradiction.


Pour en venir à ce qui me concerne en propre, je vous dirai d’abord quelle sorte d’utilité se rencontre, à mon avis, dans l’opinion que je professe : c’est que nous pouvons faire à Dieu de notre âme et de notre corps une offrande pure de toute superstition. Et n’allez pas croire que je nie l’utilité des prières ; car mon esprit est trop borné pour déterminer tous les moyens dont Dieu se sert pour amener les hommes à l’aimer, c’est-à-dire à faire leur salut. Mon sentiment n’a donc rien de nuisible ; et tout au contraire, il est pour tout homme dégagé de superstition puérile et de préjugés le seul moyen de parvenir au comble de la béatitude.


Vous dites qu’en mettant les hommes dans une si étroite dépendance de Dieu, je les rends semblables aux éléments, aux plantes et aux pierres ; mais cela fait bien voir que vous entendez mes sentiments dans un sens tout à fait éloigné du véritable, et que vous confondez ensemble les choses de l’entendement et celles de l’imagination. Car enfin, si vous aperceviez, de la pure lumière de la raison, ce que c’est que dépendre de Dieu, certes, vous ne penseriez pas que cette dépendance rendît les choses imparfaites, corporelles et mortes (qui pourrait en effet parler d’une façon si basse de l’Être souverainement parfait ?) ; mais vous comprendriez tout au contraire que c’est cette dépendance elle-même qui donne aux choses leur perfection. Cela est si vrai que, pour concevoir parfaitement la dépendance des choses et la nécessité de leur action fondée sur les décrets de Dieu, ce n’est pas aux plantes et aux troncs d’arbres qu’il faut regarder, mais aux choses les plus intelligibles et aux plus parfaites d’entre les créatures. …


Lettre 23 à Blyenbergh : … J'aurais voulu remarquer, enfin, que bien que les actes des gens de bien (c'est-à-dire de ceux qui ont une idée claire de Dieu, vers laquelle sont tournées toutes leurs œuvres et leurs pensées), et les actions des méchants (c’est-à-dire de ceux qui ne possèdent pas l'idée de Dieu, mais seulement les idées des choses terrestres, vers lesquelles sont tournées leurs œuvres et leurs pensées), et finalement les actions de toutes les choses qui existent, découlent nécessairement des lois et des décrets éternels de Dieu, et dépendent continuellement de lui ; j'aurais voulu remarquer, dis-je, que ces actions diffèrent les unes des autres, non seulement par le degré, mais encore par leur essence. Ainsi, quoique un rat et un ange, et la tristesse et la joie dépendent également de Dieu, l'on ne peut dire toutefois du rat qu'il a la forme d'un ange, ni de la tristesse qu'elle a l'apparence de la joie. …


Lettre 43 à Osten : … Le fort de son raisonnement, c’est qu’il pense que je nie la liberté de Dieu et que je le soumets au fatum. Or cela est très-certainement faux ; car j’ai établi que toutes choses suivent de la nature de Dieu par une nécessité inévitable, de la même façon que tout le monde établit qu’il suit de la nature de Dieu que Dieu a l’intelligence de soi-même ; or personne ne nie cette dépendance nécessaire, et cependant personne ne croit que Dieu, en se comprenant soi-même, soit contraint par aucune sorte de fatalité ; tout le monde pense que Dieu se comprend soi-même avec une parfaite liberté, quoique nécessairement. Je ne vois rien dans tout cela qui ne puisse être compris par une intelligence quelconque. Mais si notre critique se persuade que j’établis ces principes avec de mauvaises intentions, que dira-t-il de son ami Descartes, qui soutient qu’il n’arrive rien au dedans de nous que Dieu ne l’ait ordonné d’avance, et en outre, qu’à chaque moment de la durée nous sommes créés de nouveau par Dieu, tout en conservant notre libre arbitre, ce que personne, au sentiment de Descartes lui-même, n’est capable de concevoir ?


J’ajoute que cette inévitable nécessité des choses ne détruit ni les lois divines ni les lois humaines ; car les préceptes de la morale, qu’ils reçoivent ou non de Dieu même la forme d’une loi, n’en sont pas moins divins ni moins salutaires ; et le bien qui résulte pour nous de l’exercice de la vertu et de l’amour de Dieu, soit que Dieu nous le donne à titre de juge, soit qu’il découle nécessairement de la nature même de Dieu, en est-il, je le demande, dans l’un ou l’autre cas, plus ou moins désirable ? Et de même, les maux qui résultent des actions mauvaises sont-ils moins redoutables, parce qu’ils en résultent nécessairement ? Enfin, que nos actions soient libres ou nécessitées, n’est-ce pas toujours la crainte et l’espérance qui nous conduisent ? …


… soit que je prétende qu’elle a reçu de Dieu lui-même la forme d’une législation, soit que je la conçoive comme enveloppant, ainsi que tous les autres décrets de Dieu, une nécessité et une vérité éternelles, elle n’en reste pas moins un décret divin, un enseignement salutaire ; et après tout, que j’aime Dieu librement ou par la nécessité du divin décret, toujours est-il que je l’aime et que je fais mon salut. …


Lettre 54 à Borel : … Je vous dis donc : De même qu'il est certain que le fortuit et le nécessaire sont deux contraires, de même il est évident que celui qui affirme que le monde est un effet nécessaire de la nature divine, que celui-là nie absolument que le monde ait été fait par hasard. Mais celui qui affirme que Dieu a pu négliger la création du monde, celui-là confirme, bien qu'en d'autres termes, que le monde a été fait par hasard, puisqu'il procède d'une volonté qui pourrait ne pas exister.
Mais, comme cette opinion et cette manière de voir sont complètement absurdes, on accorde, d'ordinaire, unanimement que la volonté de Dieu est éternelle, et n'a jamais été indifférente. Et c'est pour cela que l'on doit accorder aussi nécessairement, remarquez-le bien, que le monde est un effet nécessaire de la nature divine.


Que les philosophes appellent cela volonté, entendement, ou de tout autre nom qu'il leur plaira, ils en arriveront toujours à ceci : qu'ils expriment une seule et même chose sous des noms différents.
Si vous leur demandez, en effet : Est-ce que la volonté divine ne diffère pas de la volonté humaine ? Ils vous répondront que la première n'a de commun avec la seconde, que le nom ; outre qu'ils accordent, la plupart du temps, que la volonté de Dieu, son entendement, son essence ou sa nature sont une seule et même chose.


Et de même, pour moi, afin de ne pas confondre la nature divine avec la nature humaine, je n'assigne pas à Dieu les attributs humains, tels que la volonté, l'entendement, l'attention, l’ouïe, etc.
Je dis donc, comme je l'ai dit tout à l'heure, que le monde est un effet nécessaire de la nature divine, et qu'il n'a pas été fait par hasard.
Cela suffit à vous persuader, je pense, que l'opinion de ceux qui disent (s'il en est de tels) que le monde a été fait par hasard, est absolument contraire à la mienne …


Lettre 56 à Borel : … Dites-moi, je vous prie, avez-vous vu ou lu des philosophes partageant cette opinion : que le monde a été fait par hasard, au sens où vous l'entendez ? C'est-à-dire que Dieu, en créant le monde, a eu un but fixé d'avance, et que, néanmoins, il a transgressé ce qu'il avait décrété. Je ne sais quoi de pareil soit jamais tombé dans la pensée d’un homme. …


Lorsque je remarque que les trois angles d’un triangle sont égaux nécessairement à deux droits, je nie que cela se fasse par hasard. De même lorsque je vois que la chaleur est un effet nécessaire du feu, je nie aussi que cela arrive fortuitement.


Dire ensuite que le nécessaire et le libre sont deux contraires, ne me parait pas moins absurde et opposé à la raison ; car personne ne peut nier que Dieu ne se connaisse librement lui-même, et toutes les autres choses ; et tous, cependant, accordent, d'un commun suffrage, que Dieu se connaît lui-même nécessairement. C'est pourquoi vous ne me semblez établir aucune différence entre la contrainte ou la violence, et la nécessité.
Que l’homme veuille vivre, aimer, etc., ce n'est point là un acte de contrainte, et cependant c'est un acte nécessaire. Et bien plus nécessaire est-il que Dieu veuille être, connaître et agir. …


Lettre 58 à Schuller : … J’appelle libre, quant à moi, ce qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature ; je dis qu’une chose est contrainte quand elle est déterminée par une autre chose à exister et à agir suivant une certaine loi. Par exemple, Dieu est libre dans son existence nécessaire ; car il existe par la seule nécessité de sa nature. Dieu est libre dans l’intelligence de soi-même et de toutes choses ; car il résulte de la seule nécessité de sa nature que son intelligence doit tout embrasser. Vous voyez donc bien qu’à mes yeux la liberté n’est point dans le libre décret, mais dans une libre nécessité.


Descendons maintenant aux choses créées, qui toutes sont déterminées à exister et à agir suivant une certaine loi. Et pour plus de clarté, prenons un exemple très-simple. Une pierre soumise à l’impulsion d’une cause extérieure en reçoit une certaine quantité de mouvement, en vertu de laquelle elle continue de se mouvoir, même quand la cause motrice a cessé d’agir. Cette persistance dans le mouvement est forcée ; elle n’est pas nécessaire, parce qu’elle doit être définie par l’impulsion de la cause extérieure. Ce que je dis d’une pierre se peut appliquer à toute chose particulière, quelles que soient la complexité de sa nature et la variété de ses fonctions, par cette raison générale que toute chose, quelle qu’elle soit, est déterminée par quelque cause extérieure à exister et à agir suivant une certaine loi.


Concevez maintenant, je vous prie, que cette pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, soit capable de penser, et de savoir qu’elle s’efforce, autant qu’elle peut, de continuer de se mouvoir. Il est clair qu’ayant ainsi conscience de son effort, et n’étant nullement indifférente au mouvement, elle se croira parfaitement libre et sera convaincue qu’il n’y a pas d’autre cause que sa volonté propre qui la fasse persévérer dans le mouvement. Voilà cette liberté humaine dont tous les hommes sont si fiers. Au fond, elle consiste en ce qu’ils connaissent leur appétit par la conscience, et ne connaissent pas les causes extérieures qui les déterminent. C’est ainsi que l’enfant s’imagine qu’il désire librement le lait qui le nourrit ; s’il s’irrite, il se croit libre de chercher la vengeance ; s’il a peur, libre de s’enfuir. C’est encore ainsi que l’homme ivre est persuadé qu’il prononce en pleine liberté d’esprit ces mêmes paroles qu’il voudrait bien retirer ensuite quand il est redevenu lui-même ; que l’homme en délire, le bavard, l’enfant et autres personnes de cette sorte sont convaincus qu’ils parlent d’après une libre décision de leur esprit, et non par un aveugle emportement. Or, comme ce préjugé est inné et universel, il n’est pas aisé de s’en délivrer. L’expérience a beau nous enseigner que rien n’est moins au pouvoir des hommes que de gouverner leurs appétits, et qu’en mille rencontres, livrés au conflit des passions contraires, ils voient le mieux et font le pire, nous n’en continuons pas moins de nous croire libres. Et pourquoi ? parce que nous sentons, quand nos désirs pour un objet sont très-faibles, que nous pouvons aisément les maîtriser par le souvenir d’un autre objet auquel nous pensons habituellement.


Maintenant que j’ai suffisamment expliqué, si je ne me trompe, mon sentiment véritable touchant la nécessité libre et la nécessité de contrainte, il m’est aisé de répondre aux objections de votre ami. Car, lorsqu’il dit avec Descartes que celui-là est libre qui n’est contraint par aucune cause extérieure, s’il entend par un homme contraint celui qui agit contre son gré, j’accorde alors qu’en plusieurs rencontres nous ne sommes contraints d’aucune façon, et sous ce point de vue nous avons le libre arbitre. Mais s’il entend par un homme contraint celui qui, agissant à son gré, agit pourtant nécessairement, ainsi que je l’ai expliqué plus haut, je nie qu’en aucun cas nous soyons libres.


… Pour moi, qui tiens autant que lui à ne pas être démenti par ma conscience, c’est-à-dire par l’expérience et la raison, et qui de plus ne veux point entretenir les préjugés et l’ignorance, je nie formellement que je puisse penser, d’une puissance de penser absolue, que je veux actuellement ou que je ne veux pas écrire. Et ici j’en appelle à mon tour à la conscience de votre ami, et je lui demande s’il n’a pas éprouvé que dans les songes il ne possède pas cette puissance de vouloir ou de ne pas vouloir écrire, et que, quand il songe qu’il veut écrire, il n’a pas le pouvoir de ne pas songer qu’il veut écrire ; je lui demande encore si l’expérience ne lui a pas montré que l’âme n’est pas toujours également propre à penser à un même objet, mais que, suivant que le corps est plus ou moins disposé à ce que l’image de tel ou tel objet soit actuellement excitée dans le cerveau, l’âme est plus ou moins propre à la contemplation de cet objet.


Votre ami ajoute que les causes pour lesquelles il a appliqué son esprit à écrire l’ont poussé sans doute, mais non forcé, à cette action. Mais cela ne signifie rien de plus (à bien peser la chose) sinon que son esprit était alors ainsi disposé que des causes qui, dans une autre rencontre, quand, par exemple, il avait l’âme agitée de quelque violente passion, eussent été incapables de le déterminer à écrire, l’y ont en ce moment déterminé sans difficulté : en d’autres termes, ces causes, qui ne l’eussent pas contraint à écrire dans des circonstances différentes l’y ont contraint en ce moment, je ne dis pas à écrire contre son gré, mais à avoir nécessairement le désir d’écrire.


Vient ensuite cette objection, que si nous sommes contraints par les causes extérieures, l’acquisition de la vertu n’est plus possible. Mais qui a dit à votre ami que la fermeté et la constance de l’âme dépendent de son libre décret, et ne se peuvent concilier avec le fatum et la nécessité ? Toute malice, ajoute-t-il, serait excusable avec une telle doctrine. Mais où en veut-il venir ? Des hommes méchants, pour être nécessairement méchants, en sont-ils moins à craindre et moins pernicieux ? Au surplus, permettez que je vous renvoie, pour plus de développement, au chap. VIII de la part. I de mon Appendice aux Principes de Descartes démontrés dans l’ordre des géomètres.


Un mot encore. Je voudrais bien que votre ami qui m’adresse toutes ces objections m’expliquât de quelle façon il concilie cette vertu humaine fondée sur le libre décret de l’âme avec la préordination divine. Dira-t-il avec Descartes qu’il ne sait point opérer cette conciliation : le voilà donc qui s’efforce de diriger contre moi une arme dont il s’est déjà blessé lui-même. Mais cet effort est inutile. Pesez mes sentiments avec attention, et vous verrez que tout s’y accorde parfaitement.


Lettre 75 à Oldenburg : … je suis tout disposé à vous expliquer sous quel point de vue j’admets la nécessité de toutes choses et la fatalité des actions. Car je suis loin de soumettre Dieu en aucune façon au fatum ; seulement je conçois que toutes choses résultent de la nature de Dieu avec une nécessité inévitable, de la même façon que tout le monde conçoit qu’il résulte de la nature de Dieu que Dieu ait l’intelligence de soi-même. Assurément, il n’est personne qui conteste que cela ne résulte en effet de l’essence de Dieu ; et cependant personne n’entend par là soumettre Dieu au fatum ; et tout le monde croit que Dieu se comprend soi-même avec une parfaite liberté, quoique nécessairement.


J’ajoute que cette inévitable nécessité des choses n’ôte rien à la perfection de Dieu ni à la dignité de l’homme ; car les préceptes moraux, soit qu’ils prennent la forme d’une loi ou d’un droit émané de Dieu même, soit qu’ils ne la prennent pas, n’en sont pas moins des préceptes divins et salutaires ; et quant aux biens qui résultent de la vertu et de l’amour de Dieu, soit que nous les recevions des mains d’un Dieu qui nous juge, soit qu’ils émanent de la nécessité de la nature divine, en sont-ils, dans l’un ou l’autre cas, moins désirables ? Et de même, les maux qui résultent des actions ou des passions mauvaises sont-ils moins à craindre parce qu’ils en résultent nécessairement ? En un mot, que nos actions s’accomplissent sous la loi de la nécessité ou sous celle de la contingence, n’est-ce pas toujours l’espérance et la crainte qui nous conduisent ?


Les hommes ne sont inexcusables devant Dieu par aucune autre raison sinon qu’ils sont en la puissance de Dieu comme l’argile en celle du potier, qui tire de la même matière des vases destinés à un noble usage et d’autres à un usage vulgaire. …


Lettre 78 à Oldenburg : … Quand j’ai dit dans ma dernière lettre que ce qui nous rend inexcusables, c’est que nous sommes en la puissance de Dieu comme l’argile entre les mains du potier, j’entendais par là que nul ne peut accuser Dieu de lui avoir donné une nature infirme ou une âme impuissante. Et de même qu’il serait absurde que le cercle se plaignit de ce que Dieu lui a refusé les propriétés de la sphère, ou que l’enfant qui souffre de la pierre se plaignît de ce qu’il ne lui a pas donné un corps bien constitué, de même un homme dont l’âme est impuissante ne peut être reçu à se plaindre, soit de n’avoir pas eu en partage et la force, et la vraie connaissance, et l’amour de Dieu, soit d’être né avec une constitution tellement faible qu’il est incapable de modérer et de contenir ses passions. En effet, rien n’est compris dans la nature de chaque chose que ce qui résulte nécessairement de la cause qui la produit. Or qu’un certain homme ait une âme forte, c’est ce qui n’est point compris dans sa nature, et personne ne peut contester, à moins de nier l’expérience et la raison, qu’il ne dépend pas plus de nous d’avoir un corps vigoureux que de posséder une âme saine. …


Traduction de Emile Saisset et J.-G. Prat.


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