Louisa a écrit:
Mais, encore une fois, pour y arriver, il faut précisément faire ce que Spinoza ne formule qu'en tant qu'OBJECTION à sa propre théorie (la troisième objection dans le dernier scolie de l'E2): supposer que l'affirmation est quelque chose que les idées ont réellement en commun.
Durtal:
Je ne sais pas encore d'où tu sors tout ceci Louisa.
euh ... disons ... de ma pauvre tête?
Durtal a écrit :Spinoza a écrit:
"Par là je pense avoir donné ma réponse à la troisième objection: que la volonté est quelque chose de général qui se joint à toutes les idées et signifient seulement ce qui est commun à toutes."
Il semble bien qu'il parle en son nom, c'est la réponse qu'il fait à l'objecteur et non une reformulation de l'objection
C'est en effet le début de la réponse à la troisième objection, mais à mon sens il commence clairement (comme pour les autres objections) par une explication de l'objection (par expliquer en quoi consiste l'idée inadéquate qu'est l'objection). Tentative d'expliciter ce passage, tel que je le comprends pour l'instant.
- objection: la volonté est un universel, que l'on prédique de toutes les idées (ce qui est en des termes du langage quasiment ordinaire ce que Joseph reformule par le langage de la logique formelle). Par conséquent, la différence entre la volonté et l'idée, c'est que la volonté est un prédicat de l'idée, pas l'idée elle-même. Preuve: une idée a plus de perfection qu'une autre si son objet l'emporte en "réalité" sur d'autre. Or on n'a pas besoin de plus de puissance pour affirmer une idée vraie que pour affirmer une idée fausse, donc il faut distinguer la volonté comme prédicat de l'idée, et l'idée. Faculté de vouloir et faculter de concevoir ou de comprendre ne sont pas identiques.
- réponse de Spinoza: il commence par reprendre ce qu'il avait déjà établi lors de sa réponse à la première objection (et qu'il a démontré dans la proposition précédente): la volonté est un "étant universel", ou "idée universelle". Cela, celui qui objecte peut encore le lui accorder, car ce n'est pas vraiment différent de ce qu'il trouve lui-même: la volonté étant un prédicat de toutes les idées, il s'agit en effet d'un universel (par définition). Or c'est là qu'intervient la théorie des idées universelles de Spinoza, ou, si l'on veut, son nominalisme. Car si pour un non spinoziste une idée universelle désigne ce que les choses dont on la prédique ont réellement en commun, pour Spinoza une idée universelle n'est qu'une idée confuse (encore une fois, voir les définitions des trois genres de connaissance, E2P40). Elle ne réfère à rien du tout, dans la réalité, contrairement à une notion commune.
A cela s'ajoute le fait que pour Spinoza, l'affirmation constitue l'essence même de l'idée, ce qui est tout à fait impossible si elle était une notion commune. Les notions communes ne sont PAS des notions abstraites, comme le croyaient les scolastiques (certains scolastiques), ce sont des notions de propriétés que les choses ont réellement en commun, mais qui par là même ne peuvent PAS constituer l'essence de la chose. Les notions universelles se basent sur les "images universelles" (toujours E2P40) que chacun forme selon la disposition de son propre corps. Elles sont à la source de maintes controverses philosophiques inutiles (on pense inévitablement à la querelle des universaux, bien sûr...).
Durtal a écrit :Ou encore:
Spinoza a écrit:
" Car nous avons montré que la volonté est un être général, en d'autres termes une idée par laquelle nous expliquons toutes les volitions singulières, c'est à dire ce qui est commun à toutes. Puis donc que l'on croit que cette idée commune ou générale de toutes les volitions est une faculté, il n'y a pas le moins du monde à s'étonner que l'on dise que cette faculté s'étend à l'infini..."
Durtal:
Cela me semble clair et je ne vois pas pourquoi tu éprouves le besoin de le contester.
Du reste les "notions générales" si tu reprends l'énoncé du scolie II de XL (E2) peuvent avoir aussi bien pour origine des perceptions confuses et l'expérience vague que les notions communes ou idées des propriétés communes des choses. Donc ta distinction "notions générales" et "ou universelles" et "notion commune" n'est pas bonne car elle n'a rien d'absolue.
il s'agit d'une erreur de traduction. Ni Spinoza ni moi-même ne parlent ici de "notion générale". Dans le passage que tu cites de l' E2P49 sc, ce qui dans la version dont tu disposes est traduit par "notion générale" est en latin (donc dans la version originale)
ens universale (d'où la traduction - correcte - de Pautrat par "étant universel").
Il y a d'une part les notions dites universelles, d'autre part les notions dites communes. Les "causes" de ces notions étant tout à fait différentes, Spinoza peut affirmer dans l'E2P40 que les notions communes sont des idées adéquates, tandis que "
les notions qu'on appelle Universelles" naissent pour lui de "semblables causes" que les termes dont il vient de parler, les "termes dits Transcendentaux", et qui sont des termes qui "
signifient des idées confuses au plus haut degré".
Durtal a écrit :De plus un peu de "bon sens" quand même: pour raisonner il faut des concepts abstraits et des expressions générales. Spinoza peut dire (dans le scolie I de XL E2) que les notions "d'être", "d'étant", de "chose" sont des notions universelles et signifient des idées confuses au plus haut degré, cela ne l'empêche pas de les utiliser lui même, donc il doit tout de même penser qu'elles ont une certaine validité et une certaine utilité pour le raisonnement. Non ? Le problème est de les définir et de les comprendre correctement.
n'oublie pas que le bon sens est censé être la chose la mieux partagée ..
Donc oui, certes, les concepts abstraits ont leur sens. Ce n'est pas parce que le terme "Chose" est un terme abstrait qu'il faut l'éliminer de notre vocabulaire, sinon l'
Ethique elle-même, qui parle sans cesse des "choses singulières", serait dépourvu de sens. Il faut juste bien tenir compte du caractère abstrait de ce terme, et ne pas commencer à croire que dans la réalité, il y a une "entité", une "chose" qui correspond à cet être abstrait. Dans la réalité, il n'y a que des entités singulières, jamais des entités abstraites.
C'est en cela que consiste le rejet spinoziste du réalisme des universaux. Ceux qui adoptent la position réaliste confondent les images avec les choses. C'est quand on fait ce genre de confusions, qu'on croit qu'il y a quelque chose comme LA volonté, en général, qui aurait une réelle essence à elle, et que l'on peut ensuite prédiquer des idées. Le réalisme des universaux prétend qu'il y ait quelque chose comme un
ens unversalis. Pour Spinoza ces entités n'existent pas dans la réalité, et les notions qui y réfèrent sont des abstractions faites par notre imagination, afin de pouvoir imaginer ensemble un grand nombre de choses qu'on ne sait pas concevoir distinctement, dans leur singularité/réalité à elles. C'est pourquoi on range Spinoza parmi les nominalistes.
Durtal a écrit :Enfin appelle-cela comme tu veux cela ne change rien à mon argumentaire. Car Spinoza n'admettra toujours pas "qu'abstraitement" comprise la volonté est une faculté (une faculté est forcément d'ailleurs quelque chose de singulier). Ce n'est que parce que l'expression abstraite de la volonté comme "affirmation" et "négation" en général rend apparemment "homogène" tous les actes d'affirmations et de négations singuliers que l'on est tenté de placer "l'affirmation" et la "négation" comme signifiant des entités ou des actes singuliers, sans faire référence à chaque fois à ce qui est effectivement affirmé et à ce qui est effectivement nié (et qui implique toujours au contraire une référence à la perception). Mais il explique que faire cela c'est confondre les notions générales avec les singulières. Et c'est tout ce que je voulais dire.
je n'ai pas vraiment compris ce que tu dis ici. Pourrais-tu reformuler autrement?
Bien à toi,
L.